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Nicolas Roux d’Aspectize, maître ès-agilité.

Les start-ups ont développé un  état d’esprit et des méthodes particuliers. Ces dernières conviennent aussi aux grandes entreprises, aux SSII, aux Métiers, parfois avec des difficultés. Nicolas Roux et Frédéric Fadel d’Aspectize, après nous avoir expliqué comment fabriquer des applications autrement et en mesurer la valeur, reviennent ici sur la collaboration entre start-ups et DSI.

Une informatique pour les Métiers

Les méthodes agiles, qui révisent la façon de programmer, favorisent la collaboration avec les clients et l’expérience utilisateur (UX), conviennent aux petites organisations, comme les start-ups. Ces dernières veulent aller vite, gèrent des petits budgets, ont des délais courts. Elles changent d’avis, pivotent, demandent de l’agilité. Les PME qui n’ont pas d’équipes informatiques suivent un peu ce schéma.

Les grandes structures s’intéressent davantage au prototypage que permettent parfaitement ces méthodes. Telles les sociétés de services, qui lors des appels d’offres, créent beaucoup de prototypes. C’est également le cas de certaines DSI et des SSII qui, avec les Métiers, expérimentent des applis et donc continûment les corrigent, les modifient, les adaptent aux demandes des utilisateurs.

Vitesse et agilité, voilà ce qui intéresse les Métiers. Ils ont besoin de répondre rapidement au marché et à leurs clients, et de s’y adapter tout aussi rapidement. Leur DSI est incapable de leur offrir une telle rapidité et réactivité. C’est une des sources du Shadow IT, cette tendance à modifier le système d’information sans en informer la DSI.

Le développeur travaille autrement

Depuis quelque temps, le centre de gravité du développement informatique s’est déplacé vers le Métier et vers l’utilisateur. Cependant, les applications mobiles sont devenues sophistiquées. Le paiement, la sécurité, la communication avec d’autres applications ou des objets connectés fonctionnent avec des technologies pointues. Le Métier ne peut pas les appréhender. Cette complexité nécessite des compétences informatiques et professionnelles.

Et sans l’ingénieur en informatique rien ne peut se faire. Son rôle est d’accompagner les gens du Métier. Comme concepteur, il reste indispensable pour comprendre comment l’information doit circuler, être définie, modélisée, quelle information doit s’échanger. Il facilite et fluidifie des besoins sophistiqués.

Cette façon de travailler demande des profils à l’aise dans le relationnel et intéressés par l’UX. En effet, la communication est quotidienne. La demande d’un utilisateur ne peut attendre, parce qu’il veut des solutions rapidement, d’où le cycle court de production. Il faut des informaticiens curieux, généralistes, full stack, c’est-à-dire qui traitent à la fois ce qui se passe côté serveur et côté client.

Cela demande également à écrire beaucoup moins de code, à réfléchir autrement. Travailler ainsi est assez nouveau et surprend certains qui ne l’avaient jamais imaginé. C’est pour eux une découverte, et comme toute innovation, une remise en question de leurs habitudes de travail.

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La collaboration start-up DSI est nécessaire pour la réussite des projets d’innovation.

Start-ups et DSI : une difficile collaboration

Mais tout le monde ne peut pas s’y adapter, en particulier les DSI. Ces process ne sont pas les leurs et réciproquement. Ils suivent les cycles en V, écrivent toujours des cahiers des charges, fonctionnelles puis technique, les valident, construisent les architectures, etc.

On peut comprendre leurs réticences et leurs réserves. Ils suivent un modus operandi qu’ils ne peuvent changer du jour au lendemain. Il n’est pas évident de se remettre en cause, de changer d’organisation, quand il a fallu des années pour la construire.

La collaboration avec des start-ups serait une solution. Mais beaucoup de DSI pensent que cette solution représente un risque. Or en France, on n’invite pas les gens à prendre des risques, particulièrement dans les grandes organisations. Même si un DSI trouve l’approche intéressante et plus efficace, il ne la choisira pas. Les gens qui prennent des risques sont une minorité.

Pourtant, méthodes agiles et UX se répandent dans les DSI et les grandes entreprises. Ces dernières jouent parfois le rôle d’incubateur et de sponsors pour de jeunes start-ups. Signes positifs de futures collaborations fructueuses entre innovation débridée et évolutions délicates.