abonnefond-innovation-ouverteComment se porte l’innovation en France ? Ambroise Paré, qui changea l’art de la chirurgie, montre que les créateurs n’ont jamais manqué dans notre pays. Et Criteo, qu’il offre un cadre favorable aux start-ups. Arnaud Bonnefond, du cabinet Inventive, est un spécialiste de l’innovation. Après avoir évoqué l’innovation ouverte et son processus de réalisation, il nous dresse ici un tableau nuancé de l’état de l’innovation en France.

Devenir un innovateur en France, c’est possible

La France compte parmi les pays les plus dynamiques au monde pour la création de start-ups. On en dénombre combien ? Entre 5 000 et 6 000, et le nombre de créations est en croissance. Pourtant, innover représente un risque. Le cimetière des start-ups est profond, près de 90 % d’entre elles y finissent, et 76 % de nouveaux produits ne trouvent pas leur marché.

Mais notre pays bénéficie d’un tissu d’incubateurs, de ruches, d’associations qui accueillent, conseillent, épaulent les jeunes sociétés ou les porteurs d’initiatives.

L’Etat et les collectivités locales ne sont pas en reste. Ils participent au soutien et à l’émergence de l’innovation. Financièrement d’abord, qu’on pense au crédit impôt recherche et à la BPI. Par le réseau des centres de recherche ensuite : le Cnrs et l’Inria créent des start-ups et multiplient les partenariats avec le privé.

Troisième atout, la formation académique. Les universités, les écoles de commerce et d’ingénieurs forment des futurs professionnels de qualité. Des professionnels appréciés pour leur formation pointue, mais aussi pour leur sens de la créativité et leur imagination – talents qu’ils ignorent souvent eux-mêmes.

Notre culture et notre organisation sont des freins à l’innovation

Malgré tout, notre culture présente des traits qui sont autant de freins à l’innovation : pouvoirs décisionnels des chefs, cloisonnement des services, prépondérance des voies d’excellence. Les structures et le fonctionnement de nos écoles, de nos universités, de nos centres de recherche s’en ressentent : ils sont hiérarchiques, lourds et engoncés.

Par ailleurs, en France, nous avons une difficulté à transformer : une innovation en un produit pour le marché, une start-up en PME, une PME en ETI. Les aides financières à l’innovation sont nombreuses et faciles à réunir. Les prêts d’honneur ou à taux bas, les aides publiques ou des proches des fondateurs, les fonds de démarrage assurent une trésorerie pour la création et les premiers mois d’activité d’une start-up.

Cependant, ces aides n’arrivent pas toujours à temps ni au bon moment. Et dès que le développement d’une innovation demande quelques dizaines de millions d’euros, on manque de capital-investissement (venture capitalisme), de profils, de structure, de fonds.

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Trois innovateurs français : Ambroise Paré, qui mit au point la ligature des artères ; Pascal qui conçut une machine à calculer et imagina des transports en commun ; et Sébastien Erard qui inventa la harpe à double mouvement et le piano à double échappement. (Images Wikipédia)

Innovateurs, visez un marché de taille mondiale !

A la différence des USA, de la Chine ou de l’Inde, la France est un marché de petite taille. Ces pays, par leur démographie et leur étendue géographique, sont des marchés en soi. Une jeune entreprise peut s’y développer et atteindre une taille conséquente avant de se lancer à l’international.

Cette caractéristique est particulièrement vraie pour les USA. Ce pays représente le premier marché pour l’offre de services et de produits. Ses citoyens possèdent un fort pouvoir d’achat et comptent parmi les plus gros consommateurs. Il se place aussi en tête pour les compétences, les talents, l’intelligence. Les meilleurs financiers, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs community managers y travaillent. En France, on trouvera un comunity manager de haut niveau, mais aux USA, une firme recrutera le community manager le meilleur au monde. Un talent capable de ramener plusieurs milliers de clients au cours d’une campagne, et de faire la différence en cas de concurrence.

Vient par la suite, l’apport en capital. Aux USA, la vie est chère, les salaires des collaborateurs sont élevés, une entreprise a besoin de beaucoup d’argent. Les levées de fonds de plusieurs millions de dollars sont monnaie courante. Dans tous ces domaines, les USA deviennent la référence.

Or, la concurrence mondiale se fait dès le lieu d’implantation d’une société. Ce n’est pas la même chose de s’établir à San Franscisco ou à Nantes. Si une start-up gagne le marché aux USA, elle a de grande chance de gagner les marchés européen et asiatique. En innovation, il y a une règle : le premier ramasse tout.

Une parade ? Dès le lancement de son innovation, dès la création de son entreprise, penser au marché mondial. Et pour les premiers pas d’une start-up française, le marché européen est un terrain tout trouvé.