Didier PompigneLe digital a donné aux Métiers plus d’autonomie dans le choix et l’usage de leurs outils informatiques. Cette tendance modifie les relations de travail, déjà compliquées, entre la DSI et les Métiers. Pour Didier Pompigne, la DSI doit repenser sa relation avec tous les acteurs de l’entreprise. Comment ? En favorisant des partenariats.

Devenir Madame Oui

Que fait le Métier quand il n’obtient pas de sa DSI (direction des systèmes d’information) une solution adéquate à sa demande ? Il choisit une solution externe. Avec les multiples services que propose le Cloud, ce comportement se généralise. Il génère le Shadow IT, c’est-à-dire l’apparition dans une entreprise d’une multitude d’applications et de logiciels qui fonctionnent sans que la DSI ne soit au courant.

La réaction n’est pas choquante. Mais ce n’est pas au Métier d’aller sur le Cloud parce que la DSI n’a pas su ou pas voulu participer à la réflexion. Au lieu d’endosser le rôle de Madame Non, la DSI peut être une Madame Oui. Oui, réfléchissons ensemble à la solution. Et si la solution est externe, dans le Cloud ou achetée à une start-up, elle sera définie, choisie et intégrée en commun.

Travailler en partenariat

Pour les projets, nouer une relation de partenariat entre la DSI et les Métiers se révèle souvent fructueux. Ce mode permet de travailler en tenant compte des besoins et des contraintes des uns et des autres. Dans la mesure où la DSI participera au choix de la solution, elle pourra venir de l’extérieur. Mieux informée, la DSI l’intégrera plus facilement au Système d’Information (SI). Maintenance, compatibilité et sécurité seront traitées plus facilement, et le SI évoluera en s’épargnant bugs, accrocs et incompréhension.

De son côté, le Métier bénéficiera de l’expertise de la DSI, par exemple, sur :

  • les relations avec les fournisseurs ;
  • la qualité technique des offres ;
  • les négociations ;
  • la contractualisation ;
  • la conformité.

Quand la DSI ne suit pas cette démarche, elle se place d’elle-même dans un rapport client-fournisseur. Son travail consiste à répondre à des exigences de contrats de service et de SLA qui valent pour les services opérationnels et d’exploitation. Elle entre alors en concurrence avec des fournisseurs externes que le Métier risque de choisir. Par contre, quand elle noue un partenariat, elle répond à des exigences de création de valeur pour l’entreprise qui valent pour les projets.

Les bons projets, les projets réussis sont ceux que DSI et Métiers imaginent et conduisent en commun.

equipe-diversite-partenariat

DSI et Métier travaillent en partenariat.

Le leadership alterné

L’important est que le Métier et la DSI travaillent ensemble. Une solution est de faire alterner le leadership selon l’étape d’un projet. Lors de la définition des besoins, le leadership revient au Métier. Au moment du développement ou de l’intégration, la DSI a la main. Le Métier prend le relais quand viennent les phases de recette et de conduite du changement.

Cette alternance est possible si l’on considère que chaque partie, DSI et Métier, a deux dimensions : une plus technique, l’autre plus fonctionnelle. Dans la relation de partenariat, le Métier prend le lead quand il s’agit de son métier, et la DSI devient leader quand il s’agit de technologie et de méthodes. Selon l’étape du projet, chaque partie met en avant l’une ou l’autre dimension. Mais elle doit posséder les deux, elle ne peut pas être que l’une ou que l’autre.

 Des équipes DSI diversifiées

Quand les équipes de la DSI sont d’origines diverses, elles gagnent en efficacité. Il faut des geeks et des novices, des hommes et des femmes, des informaticiens et des gens du Métier, des débutants et des briscards, des formations et des écoles variées. Cette diversité constitue un atout.

Ces équipes diversifiées sont plus performantes que des équipes composées de profils et de personnalités similaires. Quand on parle avec les Métiers, il faut partager le même langage, comprendre leur jargon, avoir une idée de leurs difficultés et de leurs enjeux. Ce n’est pas aux Métiers de parler informatique, c’est à la DSI de parler leur langage. Elle traite ainsi les sujets bien mieux que n’importe quel fournisseur extérieur. Car au sein de son équipe, elle trouvera toujours quelqu’un ayant des affinités avec le Métier et le comprendra.

Des équipes DSI ouvertes et proactives

Les DSI doivent considérer les nouvelles offres de fournisseurs comme des opportunités, non comme des menaces. Depuis longtemps, les DSI ont muté d’experts en développement en intégrateurs de solutions : ERP, progiciels, maintenant de solutions Cloud… pour construire un SI intégré, opérationnel, évolutif, sécurisé et pérenne.

Ces nouvelles technologies (Cloud, IoT, Big Data, etc.) ne s’opposent pas à la DSI. Elles ne sont qu’une offre nouvelle pour construire des solutions informatiques, avec ses avantages et ses risques. Le rôle des DSI est d’en comprendre les enjeux et de les confronter aux enjeux des Métiers. Ensemble, ils choisiront en toute connaissance de cause, la meilleure solution pour répondre à leurs besoins et leurs défis.

C’est pourquoi, les DSI doivent être proactives. Elles auraient tort de penser que la gestion des nouvelles technologies leur reviendra de toute façon, et attendre. Il faut aller de l’avant. Avant qu’il y ait du Shadow IT, avant de traiter les problèmes, il faut anticiper et travailler avec les Métiers sur les solutions qu’ils demandent.

Les bons projets, les projets réussis sont ceux que DSI et Métiers imaginent et conduisent en commun.