L’innovation dépend aussi du lieu où elle est conçue. Depuis plusieurs années, les entreprises aménagent leurs locaux pour favoriser la productivité, la créativité et les échanges, éléments clés de l’innovation. Le Global Industry Solution Center Nice-Paris d’IBM à Bois-Colombes près de Paris est un tel lieu. Sheila O’Hara, Industry Solution Architect, et Michael Miramond, directeur retail, wholesale, luxe et produits de grande consommation, ont bien voulu me le faire visiter. Résultat de cette visite et de nos échanges.

Quand l’architecture communique des valeurs

Le siège d’IBM, où est installé le Global Industry Solution Center Nice-Paris depuis 2015, est d’une architecture contemporaine : un bâtiment de verre de taille humaine, présence du bois, de la verdure. Des matériaux, une conception qui évoquent la modernité, l’ouverture, l’échange, un dynamisme : des valeurs positives. Ce style rappelle les sociétés de la Silicon Valley, qui ont changé la conception et l’organisation des espaces de travail.

C’est peut-être Google et ses campus qui ont popularisé cette pratique. Aujourd’hui, de nombreuses firmes et tiers lieux ont adopté ces partis pris architecturaux. Mais IBM n’est pas Google, comment la multinationale, plus que centenaire, a aménagé ce centre pour en faire un lieu d’innovation ? Les portes s’ouvrent comme mes mirettes…

Un environnement de travail conçu pour l’innovation                     

L’accueil de Michael Miramond et Sheila O’Hara est chaleureux ; on traverse un hall vaste et clair, le Client Center, au fond un auditorium, avec derrière un accélérateur de start-ups, Scale Zone ; sur la droite, des salles de réunion, des ateliers, un escalier montant vers une agence digitale IBM Studios. Les espaces sont ouverts, lumineux, conviviaux, colorés. Ils allient l’agréable au fonctionnel, le confort à l’utile ; y circuler est aisé. Nous sommes loin des bureaux gris, austères, impersonnels des décennies précédentes.

Puis un couloir, et le visiteur découvre le Home, un lieu particulier. Imaginez un salon confortable propice aux discussions et aux échanges. Autour, neuf salles, dont une chambre d’hôpital, un magasin, un centre administratif. Chacune correspond à un secteur industriel : la santé, la distribution, la banque, etc. C’est là que sont exposées et commercialisées à des clients venus du monde entier, près de 150 innovations et solutions industrielles conçues par IBM ou ses partenaires, et le plus souvent co-construites.

Ces solutions innovantes ne sont pas seulement exposées, elles sont contextualisées par le biais de cas d’usage (use cases). C’est par une expérience que le visiteur les découvre. Prenons un e-commerçant qui veut tester son appli. Assis dans le Home, il est comme un consommateur dans son salon : il choisit un produit avec son mobile puis va le retirer dans le magasin aménagé à côté. Le e-commerçant expérimente le parcours d’achat, teste l’omnicanalité et se projette en tant que consommateur lui-même. C’est une expérience consommateur en soi.

Ici, on ne vend pas des produits, mais on vend de l’expérience.

Michael Miramond

L’expérience immersive de l’innovation

Ces use cases sont mis en avant afin d’imaginer le futur et le futur proche de chaque industrie. Dans le centre, on ne parle pas de technique mais de cas d’usage ; on ne vend pas des produits, mais de l’expérience. Dans le Home par exemple, aucune industrie n’est représentée. C’est un espace d’échange, le cœur de beaucoup d’action et de transaction. Et chaque salle recrée ainsi l’environnement du consommateur, le visiteur vit une expérience immersive et réalise concrètement les enjeux d’une industrie.

Cet esprit immersif est la caractéristique du Global Industry Solution Center Nice-Paris. C’est une façon de présenter des innovations, plus agréable, plus stimulante qu’un PowerPoint. Le visiteur échange et entre dans l’action tout de suite.

Big Blue a su s’approprier les techniques et les méthodes de la nouvelle économie. À bien des égards, on se croirait ici dans une start-up : aménagement du centre, proximité de Scale Zone et de l’agence digitale, équipes aguerries au Design Thinking et aux méthodes agiles. L’organisation managériale semble aussi être inspirée de la nouvelle économie : hiérarchie allégée, expression des idées encouragée, des managers dotés d’un sens de l’exécution fort et bénéficiant d’une certaine autonomie qui libère la créativité et les énergies.

Et à cela rien d’étonnant. IBM, comme les start-ups, appartient au monde de la technologie et participe à sa vitalité actuelle. Elle est créatrice de nombreuses inventions (Fortran, disque magnétique, PC) et détentrice d’un nombre impressionnant de brevets (6 809 en 2014). L’innovation est au cœur de son métier.

L'innovation nécessite des interactions

A gauche, discussion dans le Home ; au centre, démonstration dans la chambre d’hôpital ; à droite, explication d’une solution retail dans le magasin (photos IBM).

La co-création de l’innovation

Comment donc une innovation est-elle ici co-créée ? Les équipes du centre accueillent les clients. Les échanges se fondent sur la proximité et l’écoute, en particulier des métiers. Il est en effet plus pertinent d’écouter les problématiques des métiers d’abord, la solution technologique viendra après. Ces derniers exposent leurs problèmes, partagent des idées, peuvent participer à des ateliers, recourir à l’agence digitale, et même réaliser des preuves de concept (POC).

Par la suite, la solution peut être élaborée à partir d’une technologie d’IBM qui sera personnalisée. Un client peut aussi travailler avec les start-ups de Scale Zone ou avec un partenaire d’un vaste écosystème, dont les nombreux centres R&D de la multinationale. Le tout est affaire de collaboration. Big Blue a l’expérience de l’industrialisation et des projets à grande échelle, tandis que les start-ups offrent leurs idées et leurs technologies innovantes. Une fois l’innovation mise au point, le client l’utilise, puis elle est industrialisée et commercialisée par IBM.

L’expérience immersive se prête bien à l’innovation. Elle favorise la découverte, les interactions, l’expérimentation, et peut être l’amorce d’un nouveau projet. Et vous, comment concevez-vous une innovation ?

 

En remerciant Didier Pompigne pour sa relecture et ses suggestions.