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Comment composer avec la double dépendance aux IA ?

IA dépendance femme

Comment s'affranchir de la double dépendance aux IA chinoises et américaines ? image : cottonbro studio/Pexels

Une double dépendance est apparue dans l’écosystème des intelligences artificielles. Une dépendance à la Chine et aux Etats-Unis. Malgré ses efforts, l’Europe reste à la traîne. Comment un chef d’entreprise peut-il alors maintenir sa souveraineté dans ce contexte contraint ?

Le marché mondial dépend des IA américaines et chinoises

La popularité et les performances des intelligences artificielles chinoises en font des alternatives crédibles à OpenAI, Google, Anthropic. Elles en diminuent la dépendance. Elles ne la suppriment pas. La dépendance aux technologies chinoises existe, en particulier les modèles open-weight. Leurs codes, leurs documentations, leurs mises à jour, leur maintenance reposent sur l’écosystème chinois.

Néanmoins, les États-Unis gardent toujours la main sur des domaines nécessaires à l’élaboration et au fonctionnement des IA : puces avancées, architectures de calcul, outils de conception de semi-conducteurs par exemple. Sur ces éléments, la Chine ne peut se passer de son rival américain. En réponse, elle restreint l’exportation de terres rares.

Des analyses explorant la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle décrivent un marché plus complexe. Elles soulignent une interdépendance entre le Japon, Taïwan, la Chine, les Pays-Bas et les USA pour la conception des IA.

Toutefois, la Chine et les USA dominent ce marché mondial et créent une double dépendance.

Les risques d’une double dépendance technologique

Aucun pays n’échappe à cette double dépendance. Pour un chef d’entreprise européen, le choix d’un modèle d’IA se révèle difficile.

En effet, la stratégie de chaque pays est très différente. Les États-Unis cherchent à être les plus performants dans tous les secteurs de l’écosystème IA et ainsi dominer le marché mondial.

La Chine veut rapidement renforcer l’efficacité de ses modèles d’IA ; les diffuser dans le monde entier et les intégrer à son industrie manufacturière et ses chaînes d’approvisionnement.

Quelles seront dans cinq à dix ans les conséquences de ces stratégies ? Stratégies qui évolueront en fonction des innovations technologiques et des relations géopolitiques.

Un chef d’entreprise ne contrôle pas ces changements et les anticiper relève de la gageure. Il se trouve dans une dépendance au sentier avec un effet de verrouillage. Faut-il choisir Qwen, DeepSeek, Kimi ou MiniMax… qui sont des modèles ouverts, à faible coût d’usage, et aux performances croissantes. Ou préférer le modèle états-unien qui repose sur des API propriétaires et chères ? Une fois engagé dans un écosystème, il lui sera coûteux et risqué d’en sortir et d’en intégrer un autre.

Diversifier ses fournisseurs pour s’abstraire de cette double dépendance

Comment dès lors maintenir la souveraineté technologique de son entreprise ? Une solution est de diversifier ses fournisseurs d’intelligence artificielle à l’instar de Siemens, Renault et Orange. Les critères de choix seraient la nature des projets, les contraintes, les coûts, le cas d’usage, etc. Avant de s’engager, un entrepreneur pourrait se poser ces questions :

  • Où sont hébergées les données ?
  • Le modèle peut-il être hébergé localement ?
  • L’IA est-elle compatible avec le RGPD et l’IA Act ?
  • Quel est le niveau de sécurité et de confidentialité des données ?
  • Est-ce qu’un État contrôle le fournisseur d’IA ?

Par exemple, une pile technologique pourrait se composer d’un modèle chinois open-weight pour des usages simples, une IA américaine pour l’entraînement et un fournisseur de cloud souverain européen pour la sécurisation des données.

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La dépendance à l’IA concerne tout l’écosystème IA, image : cottonbro studio/Pexels

Évaluer la dépendance selon la couche technologique

Cette dépendance technologique à la Chine et aux USA est un sujet de débat en géostratégie. Certains chercheurs de cette discipline proposent d’évaluer le degré de dépendance en fonction de la couche technologique de l’IA. Pour chaque couche, à quel degré une entreprise accepte-t-elle d’être dépendante, veut-elle être indépendante ou cherche-t-elle à renforcer sa souveraineté ?

Plusieurs cabinets de conseil et laboratoires de recherche ont élaboré des modèles d’évaluation. On peut s’inspirer de leurs propositions et les appliquer au monde de l’entreprise.

Ainsi une étude du Center for Security and Emerging Technlogie (CNET) décrit l’écosystème de l’IA souveraine : interfaces, logiciels, matériels, auxquels s’ajoutent : les compétences, le capital, la recherche, la gouvernance et la sécurité. Pour chacune de ces couches, on peut se demander comment être souverain et pourquoi, puis d’examiner son degrés de dépendance.

Selon le Boston Consulting Group (BCG), la pile technologique de l’IA compte quatre couches : applications, cloud, modèle d’IA et puces. Chacune de ces couches techniques a ses propres contraintes : sécurité, gouvernance des données, contrôles à l’exportation, etc. Le degré de dépendance s’évaluera sur chacune de ces couches et de ses contraintes.

L’institut Chatham House évalue la dépendance selon huit piliers essentiels : les données, la puissance de calcul, les modèles avancés, l’énergie, l’industrie, les talents, les infrastructures et la confiance.

Les auteurs de Chatham House proposent également des orientations stratégiques, connues par les entreprises et dont elles pourraient s’inspirer :

  • la spécialisation : être totalement autonome sur un segment de la chaîne de valeur et en devenir le leader sur une niche ;
  • l’alignement : choisir la Chine ou les USA ;
  • la couverture du risque : diversifier ses fournisseurs étrangers ;
  • la mise en commun des ressources : nouer des partenariats afin de peser dans les négociations et l’influence.

5 idées à retenir sur la double dépendance à l’IA

  1. Les IA chinoises et américaines créent une double dépendance sur le marché mondial de l’IA.
  2. Les chefs d’entreprise européens ont des choix contraints par l’effet de verrouillage technologique.
  3. Plusieurs fournisseurs choisis en fonction des projets et des contraintes est une bonne option.
  4. On peut évaluer son degrés de dépendance IA selon la couche technologique.  
  5. La souveraineté technologique européenne reste à construire.