Jamie, qui tient le blog La poussée d’Archimède, est ingénieure. Avec elle, nous avons évoqué le pouvoir des femmes sur le Web  et le sexisme au travail. Sur son blog, elle témoigne aussi de l’évolution de son métier qui progressivement s’ouvre aux femmes. Résultat de nos échanges.

Devenir ingénieur : de multiples formations

Les écoles d’ingénieurs sont à conseiller à toutes les étudiantes. Pour des élèves dotées d’un esprit scientifique et travailleuses, les études se déroulent généralement bien. Elles durent cinq ans, ça peut paraître long et difficile car les prépas scientifiques sont ardues et demandent endurance et efforts physiques.

Il existe une autre voie par le biais des IUT et DUT qui ont établi des passerelles avec les écoles d’ingénieurs. Ces cursus durent moins longtemps que les filières universitaires à l’issue desquelles les postes proposés ne sont pas à la hauteur du niveau d’étude. En France particulièrement, les post-doctorants ont du mal à trouver un emploi.

Les études d’ingénieurs sont faites aussi pour les femmes

Pourtant, les étudiantes suivent peu la filière scientifique. Différentes statistiques, celle du ministère de l’Education ou celle de MutationsElles, donnent des chiffres similaires. A l’université, le pourcentage des femmes qui choisissent les sciences fondamentales est de moins de 30 %, elles constituent environ 29 % des classes prépas scientifiques, et 29 % s’orientent vers les écoles d’ingénieurs. Elles sont fortement minoritaires en mathématiques et en informatiques, plus présentes en sciences de la nature et de la vie.

Cette tendance est curieuse, car la formation d’ingénieur donne une large palette de compétences. Rapidement, on apprend à travailler en équipe, à collaborer, à partager des savoirs et des informations venus de matières extérieures à sa spécialité. Les carrières qui s’ouvrent alors sont diverses et l’on côtoie des métiers variés. Une chimiste travaillera avec une biologiste et une informaticienne, mais elle devra également recevoir des clientes, s’entretenir avec des investisseurs, consulter des expertes en propriété intellectuelle. Quant aux emplois, ils sont intéressants, leurs salaires élevés et les opportunités nombreuses dans beaucoup de secteurs.

Ce que j’aime : mener des analyses systémiques : formuler l’objectif, les hypothèses et les contraintes, découper le « système » en sous-système afin de voir les interactions et les modes de fonctionnement de chacun, détailler les étapes de résolution (objectifs attendus et moyens pour y parvenir)… et surtout voir l’objectif atteint ! C’est comme un puzzle, quand ça prend forme, c’est jubilatoire !

Jamie

L’ingénieur imagine et réalise un projet

Qu’est-ce qui plaît le plus dans le métier d’ingénieur ? Semble-t-il, le passage du théorique au pratique, de la réflexion à la réalisation, de la conception à l’exécution. Une ingénieure chimiste, spécialisée dans les médicaments, commence sa journée par une revue des dernières recherches sur les molécules qui l’intéressent, puis elle fera des tests et travaillera à la mise au point de son médicament. Avant de conduire un chantier, une ingénieure travaux se préoccupera des enjeux humains, techniques, financiers, des aléas, puis sur le terrain assurera le suivi du projet.

Assister à la réalisation d’un projet que l’on a imaginé, mettre sur le marché un produit que l’on a conçu, être dans le concret : voilà une caractéristique du métier de l’ingénieur.

Et pour cela, nul besoin d’avoir la bosse des maths. La passion d’une matière scientifique – la biologie, la géologie, l’informatique – fait naître les vocations et conforte les choix. Et le vade-mecum de l’ingénieur, c’est l’esprit scientifique : une rigueur, une logique, une pensée structurée, une capacité d’analyse. Attiré par les réalités complexes, il les appréhende par des méthodes, des connaissances, un pragmatisme.

Persistance des clichés et du sexisme

Une ingénieure travaille dans un monde d’hommes, spécialement dans les secteurs du bâtiment et de l’informatique. Sur ces emplois, être une femme peut la desservir. Ni ses compétences ni sa légitimité ne sont reconnues d’emblée. Sans cesse, elle doit prouver qu’elle est faite pour le job, et en faire plus que ses collègues masculins. Qu’elle commette une erreur et elle sera plus lourdement sanctionnée qu’un confrère. A compétences et expérience égales, les entreprises proposeront les postes les plus intéressants aux hommes et des salaires plus élevés.

Depuis quelques années, ces métiers se féminisent, les remarques sexistes sont moins nombreuses, certaines observent une amélioration. Néanmoins, pour supporter ces désagréments et agressions, avoir une personnalité affirmée constitue un atout.