Les plateformes d’e-commerce comme Alibaba et Amazon, mais c’est aussi le cas des GAFAM,  étendent leurs activités à de nombreux secteurs économiques. Devenues des multinationales, leurs pouvoirs leur donnent une souveraineté sur leur écosystème. Se prendront-elles un jour pour un Etat ?

Les plateformes sont des zones économiques

Les plateformes e-commerce deviennent des zones économiques quasi autonomes et détiennent des pouvoirs dignes d’un Etat. En effet, sur un territoire économique digital et physique, où commercent et échangent des millions d’internautes, elles possèdent un pouvoir économique, financier, réglementaire, exécutif, celui de battre monnaie, et peut-être d’autres.

Le pouvoir économique de ces plateformes vient des échanges marchands. Ainsi, sur la place de marché Alibaba, le volume d’affaires se monte à 547 milliards de dollars en 2016. La plateforme de e-commerce est devenue la vingtième économie mondiale. Ces millions de transactions commerciales signifient autant de flux financiers.

C’est pourquoi, Alibaba offre de nombreux services financiers. Sa filiale Ant Financial propose un moyen de paiement (Alipay), destiné au e-commerce et aux magasins physiques dans 36 pays. Ant Financial a également créé un fonds YuEbao et une banque pour PME (MYbank). Il peut donc faire des prêts et autoriser des dépôts. L’e-commerçant Alibaba est devenu banquier, et assoit ainsi son pouvoir financier.

Sur cette plateforme, l’activité commerciale fait entrer et circuler les flux financiers, l’activité bancaire permet de les retenir au sein de l’écosystème. Alibaba pourrait vivre de manière autonome ou en circuit fermé.

A l’instar d’Alibaba, d’autres plateformes associent commerce et banque. Tel le réseau social chinois WeChat. Sur cette messagerie instantanée, l’internaute dispose d’un moyen de paiement via les QRcode. Il peut payer en magasin, ou en ligne les e-commerçants qui recourent aux mini-programmes. En outre, WeChat dispose aussi de la banque Webank.

Quand les plateformes prennent le pouvoir de battre monnaie

Pour ces plateformes, quelle serait la prochaine étape ? La crypto-monnaie. C’est le projet d’Amazon, peut-être en s’appuyant sur la Blockchain. Et qu’adviendrait-il, si un internaute devait utiliser la crypto-monnaie Amazon pour vendre ou acheter sur Amazon ?

Au pouvoir économique, financier que possèdent déjà les entreprises classiques, ces plateformes ont le pouvoir de battre monnaie à portée de main. C’est un nouveau pouvoir, longtemps détenu par les Etats.

Toutefois, il est difficile de savoir si les crypto-monnaies remplissent le même rôle que les monnaies classiques. En effet, le rôle d’une monnaie est triple : échange, réserve de valeur, unité de compte. Les crypto-monnaies sont à n’en pas douter un moyen d’échange, elles représentent aussi une unité de compte, mais sont-elles une réserve de valeur ? Pour ces plateformes, il semble que oui. Car la réserve de valeur repose sur leur valorisation en bourse et la richesse que créent tous les échanges commerciaux et financiers.

Transaction financière sur une plateforme e-commerce.

Transaction financière sur une plateforme e-commerce.

Quand les plateformes détiendront des pouvoirs de police

Au-delà de la sphère économique et financière, quels seraient les autres pouvoirs de ces plateformes ? Un pouvoir réglementaire, car elles décident elles-mêmes des règles en vigueur dans leur écosystème.

Par ailleurs, le modèle d’affaires de ces plateformes repose en partie sur les données. Grâce à elles, elles connaissent comme personne les consommateurs : achats, habitudes, montants dépensés, sites fréquentés. Ces données constituent une aide précieuse du marketing pour le ciblage, le profilage, le parcours client, et proposer des produits au moment opportun de la vie du consommateur.

Les informations tirées des données peuvent servir également à traquer, sanctionner les fraudeurs, les resquilleurs qui ne respecteraient pas les règles et les lois de la plateforme. Ce sont de véritables pouvoirs de police et de surveillance. D’ailleurs, certains internautes, quand ces données permettent une forme de contrôle social, réagissent.

Enfin, ces plateformes décident elles-mêmes de leur stratégie, de leur organisation, de leurs activités opérationnelles. Ce serait là un pouvoir décisionnel et exécutif.

Détenant autant de pouvoirs, les plateformes exercent une souveraineté sur l’espace digital dans lequel des millions d’internautes pratiquent des échanges commerciaux. Auraient-elles des velléités de se considérer et de se comporter comme des Etats ?

Et vous, que pensez-vous des pouvoirs des plateformes e-commerce ?