Les femmes sont encore minoritaires dans les métiers des sciences, de l’informatique et des nouvelles technologies. Pour les inciter à y exercer de nombreuses initiatives ont été lancées. Sheila O’Hara, Industry Solution Architect chez IBM, y participe activement. Après nous avoir parlé du commerce cognitif et de l’expérience immersive de l’innovation, elle nous présente ses actions pour promouvoir le rôle des femmes dans le monde des sciences et des technologies. Résultat de nos échanges. 

Etre active pour la promotion des femmes

Sheila O’Hara, en plus de sa fonction professionnelle, s’est investie depuis 2013 dans des actions visant à aider les femmes à renforcer leur confiance et à prendre du leadership dans l’entreprise. Dans des milieux masculins comme l’informatique et les technologies, ces démarches se révèlent parfois nécessaires.

En effet, sur leur lieu de travail, les femmes ont tendance à sous-estimer leurs compétences, à dévaloriser leur travail, à s’excuser. Pendant une réunion ou une présentation de projet, il est par exemple fréquent qu’elles s’expriment ainsi : « Je suis désolée », « c’est une petite réalisation », « peut-être ai-je tort », etc. Ces qualificatifs réducteurs sont souvent inconscients ou passent inaperçus.

Le but des sessions et des discussions qu’animent Sheila O’Hara et plusieurs de ses consœurs est, entre autres, de mettre en lumière ces comportements. Il est important que les femmes en prennent conscience, et qu’elles sachent modifier leurs discours et adopter de nouveaux comportements. Les mots qu’on utilise, le timbre de notre voix, notre posture ont une incidence sur l’image qu’on projette.

Ces sessions occasionnent aussi des rencontres entre femmes de différentes entités de la compagnie. Toutes tirent parti de ces échanges enrichissants ; et certaines trouvent une mentor qui les accompagnera dans leur démarche professionnelle.

Quand les femmes étaient majoritaires dans l’informatique

Promouvoir le rôle des femmes dans une entreprise de hautes technologies relève parfois de la gageure. En effet, le domaine des technologies et des sciences est fortement masculin. Toutefois, il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant longtemps, l’informatique a été un secteur professionnel féminin. Marie Hicks, historienne des sciences, le montre dans son livre, Programmed Inequality.

C’est au tournant des années 1960-1970, que les hommes deviennent majoritaires. A cette époque, l’informatique et les technologies se révèlent un secteur économique rentable et puissant. Les femmes  sont peu à peu promues à des fonctions et des emplois secondaires. A compétences égales, leurs rémunérations, leurs responsabilités, leurs titres sont moins élevés que les hommes.

Et personne ne s’attend à ce qu’elles songent à une carrière brillante, réclament des salaires élevés, endossent de hautes responsabilités, évoluent dans des domaines intéressants ; une fois mère de famille, elles sont cantonnées aux tâches domestiques… et priées d’y rester. 

Margaret Hamilton, Irène Joliot-Curie, Katherine Johnson, trois femmes scientifiques reconnues

Margaret Hamilton, Irène Joliot-Curie, Katherine Johnson, trois femmes scientifiques reconnues (photos Wikipédia)

IBM : un exemple de politique volontariste et ancienne

Heureusement, Sheila O’Hara a rarement été confrontée à des remarques ou des comportements sexistes sur son lieu de travail. Peut-être bénéficie-t-elle d’un environnement favorable ? En effet, dès les années 1950, IBM a adopté une politique en faveur des minorités. Thomas John Watson, Jr, alors président de la société, a eu comme politique d’embaucher les meilleurs talents, sans discrimination de genre, de croyances, de sexualité. Chacun a un rôle à jouer et peut apporter de la valeur à l’entreprise. En outre, IBM est une multinationale, c’est une habitude pour ses employés de travailler dans des équipes multiculturelles et diversifiées.

Aujourd’hui, le président d’IBM France, Nicolas Sekkaki adhère à la charte JamaisSansElles, selon laquelle aucune réunion, table ronde, forum ne doit se tenir sans la présence d’une femme. L’entreprise participe également à de nombreux forums Cercles Interelles, s’est engagée dans du mécénat destiné aux informaticiennes, aux codeuses et dans la diffusion de la culture scientifique dans les collèges et lycées (Girls Who Code, Ateliers Robotique aux collèges, Fondation CGenial).

Les études scientifiques : un tremplin pour la carrière professionnelle des femmes

Ces mesures ne peuvent qu’encourager les étudiantes tentées par les sciences à s’y engager. Elles y ont intérêt, les études scientifiques, d’ingénierie, d’informatique offrent des métiers nombreux, des possibilités d’évolution, des salaires attractifs. Autant d’atouts pour celles qui recherchent une indépendance financière et une carrière intéressante.

Plus précisément en informatique, les étudiantes peuvent évoluer vers d’autres fonctions que développeuse. L’informatique ne se limite pas au code et au traitement des données. Ce domaine, comme les technologies, n’est qu’un outil pour de nombreux métiers : recherche, ingénierie, médecine, biologie, etc. Les études en ingénierie et en informatique sont des tremplins pour des carrières prometteuses et ouvertes à de multiples possibilités.

Ingénierie, recherche fondamentale, biotech : des carrières scientifiques nombreuses, passionnantes et ouvertes aux femmes

Ingénierie, recherche fondamentale, biotech : des carrières scientifiques nombreuses, passionnantes et ouvertes aux femmes

Lutter contre le conditionnement social

Certes, dans ces milieux professionnels très masculins, les remarques et les comportements sexistes existent. Mais ne tenons pas l’informatique et la science responsables de la dévalorisation des femmes au travail ou du sexisme. Ce problème est plus global et avant tout social.

La société assigne aux femmes des rôles relevant de la maternité, de l’enfance et de l’espace domestique. Simultanément, elle les encourage peu à se lancer dans une carrière ambitieuse. Dès leur plus jeune âge, les femmes subissent une sorte de conditionnement social qui influence leurs comportements et leurs choix.

Un autre effort est à porter dans l’éducation des jeunes garçons, dès l’école primaire et durant leur vie scolaire. Plus tôt l’égalité entre filles et garçons sera comprise et appliquée, mieux la société s’en portera.

Et vous, pensez-vous que l’on fasse assez pour inciter les femmes à s’engager dans les sciences ? Que feriez-vous pour lutter contre le sexisme au travail ?